Quinze jours après, le chemin de croix des expulsés de la petite ceinture

Les 300 habitants du plus grand bidonville de Paris, démantelé le 3 février, doivent repartir à zéro. La moitié d’entre eux a déjà grossi d’autres campements, tandis que d’autres galèrent à l’hôtel.

«On est en train de les perdre de vue.» André Feigeles, du collectif Rom Paris, ne sait toujours pas où sont passées les 300 personnes qui peuplaient le bidonville de la petite ceinture, dans le 18e arrondissement de Paris. Lors de leur expulsion, le 3 février dernier, la préfecture a mis à disposition 167 places en hôtel… pour deux semaines. «J’ignore ce qu’il va se passer dans deux jours», explique aujourd’hui Alin Tudor, qui a accepté de monter dans le bus affrété par les autorités. «On m’a dit que cette période était renouvelable. Mais le 115 aura-t-il assez de sous ?» En attendant, ce père de famille dort à Maurepas (Yvelines), à 43 km de Paris, où il travaille en CDI sur un chantier de désamiantage. «Quand je sors du boulot, à minuit, je mets trois heures pour rentrer en bus. C’est difficile, mais c’est toujours mieux que le bidonville.» Des enfants de la « platz » (terrain) de la Petite ceinture, scolarisés à Paris, dorment à Gennevilliers ou à Stains, situées en deuxième couronne parisienne. D’autres habitants ont préféré se disperser avant l’arrivée des forces de l’ordre. Par peur, souvent. «Personne ne les prévient à l’avance qu’ils obtiendront une place d’hébergement», explique aussi André Feigeles. Vivre à l’hôtel empêche aussi de travailler la ferraille, source de revenus pour quelques-uns. Il est aussi difficile de perdre les liens de solidarité qui unissent ces travailleurs migrants.

Pourchassés dans les rues de Paris

Environ 80 habitants sont ainsi partis s’installer sur un terrain d’Épinay-sur-Seine. Après deux nuits à la belle étoile, avec un thermomètre proche des 4 degrés, ils ont été délogés par les forces de l’ordre, qui les ont pourchassés jusque dans les rues de Paris. Contraints à l’errance, ils se cachent aujourd’hui dans un interstice urbain et tentent de se faire oublier. «Ils ont trouvé une nouvelle “platz”, mais nous ne connaissons pas le lieu, raconte André Feigeles. Il faudra plusieurs semaines pour renouer le contact.» Sept familles sont allées grossir un bidonville, de l’autre côté du périphérique, à Saint-Denis. Plus de 600 personnes s’entassent le long d’une ancienne desserte ferroviaire, coincées entre un cimetière et les studios de télévision.

Traian Alexandru y est arrivé trois jours après l’expulsion parisienne. Ses nuits passées sur un parking de La Courneuve l’ont exténué. Traian tousse à nouveau, et se plaint du dos. Sa tuberculose risque de repartir de plus belle. Malgré son certificat médical, il ne figurait pas sur la liste des personnes ayant une situation sanitaire fragile établie par la préfecture. C’est dire la qualité du diagnostic réalisé par les services de la préfecture…

Pierre DUQUESNE

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