« Pour rien au monde, je ne quitterai mon HLM ! »

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Le congrès HLM se tient cette année à Nantes. Une ville dynamique en termes de construction de logements sociaux. Audaces architecturales, qualité des logements, loyers abordables… Un petit tour chez ceux qui y vivent suffit à casser les idées reçues sur le logement social.

Isabelle Fifi ne boude pas son plaisir quand on la prend en photo sur le balcon de son T4 flambant neuf. «Je ne partirai d’ici pour rien au monde», clame cette locataire de 48 ans, «enthousiasmée» par l’originalité architecturale de cet immeuble inauguré il y a un an à peine dans le quartier Malakoff, au sud de Nantes.

Ses terrasses irrégulières, recouvertes d’inox, renforce l’horizontalité de la façade de cet
édifice de 35 mètres de haut, ressemblant à un gigantesque mille-feuille. Au onzième étage, Isabelle possède une vue imprenable sur son quartier, entièrement rénové et, un peu plus loin, sur l’île de Nantes et ses nombreuses grues.

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Cette métropole fait la démonstration, avec 2 000 HLM construits chaque année, que l’habitat social est souvent synonyme d’audace architecturale. Autre symbole de cette politique : l’Oiseau des îles, édifice en forme de damier géant, qui trône au centre de ce nouveau quartier dynamique. Une trentaine de familles y bénéficient d’un logement moderne, à un prix imbattable.

Isabelle, elle, ne verse que 494,51 euros pour un appartement de plus de 80 mètres carrés, avec 127 euros de charges. «C’est moins, si l’on compte les APL», précise cette femme qui vit avec ses deux fils de 12 et 13 ans, et 1 100 euros par mois. «Je suis fière de mon logement. Je suis fière de mon immeuble», ne cesse de répéter cette employée vacataire d’une école du quartier. Comme si elle trouvait, enfin, avec ce logis peu cher et de qualité, une reconnaissance de la société.

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Deux habitants de HLM sur trois
sont satisfaits du montant de leur loyer

Près de 66 % des locataires du parc social sont satisfaits du montant de leur loyer, selon une étude réalisée cet été par la CGL, une association de locataires. Huit habitants sur dix se félicitent du confort de leur habitat social, selon un autre sondage commandé par l’Union sociale pour l’habitat.

29092016-dscf2545L’image des grandes cités
dégradées prend un coup dans l’aile.
Ce cliché s’évanouit aussi quand on entre dans le duplex de Josiane Conan, dans le quartier populaire Dervallières, entièrement réhabilité il y a deux ans. Elle paie encore moins cher qu’Isabelle. À peine plus de 360 euros par mois pour son T3. Sans cela, cette retraitée de 61 ans, qui vit avec 800 euros de pension par mois, ne pourrait pas se loger.

«Le problème, c’est que l’on trouve les loyers les plus bas uniquement dans le parc ancien de logements, faute de financement suffisant de l’État», déplore Marie-Thérèse Kowalski, militante de la Confédération nationale du logement, qui vit dans un petit ensemble des années 1970. «Si nous ne nous étions pas battus au moment de la réhabilitation, les loyers auraient été 100 euros plus chers», confirme Josiane, elle aussi militante CNL.

Cette énergique sexagénaire ne se plaint pas tellement de son logement, mais plutôt des nuisances de son quartier. À Dervallières, comme dans beaucoup de cités populaires, le trafic, la violence et l’économie souterraine prennent racine sur un limon déposé par des années de misère sociale. Ces difficultés, bien réelles, ne peuvent toutefois être généralisées. À peine un quart des logements sociaux se situent en zone urbaine sensible, souligne l’USH. «750 quartiers sont confrontés à des difficultés sociales à des degrés divers et, pour quelques-uns d?entre eux, à des problèmes de violence et de drogue», reconnaît cet organisme qui fédère 740 bailleurs sociaux. Mais la situation de ces quartiers «soulève des défis majeurs qui dépassent largement le seul engagement du monde HLM et réclament une action concertée de l’ensemble des acteurs politiques, économiques et sociaux».

29092016-dscf2483Employés d’école, cadres, personnes aux RSA, retraités… le logement social est loin d’être réservé aux plus pauvres. L’exemple nantais montre bien cette diversité des HLM, en matière de forme, de conception et d’environnement. Et pourtant, les clichés ont la peau dure. «On nous traite de privilégiés parce qu’on vit dans un logement abordable», déplore Philippe Ravaim, cheminot à la retraite. 440 euros pour 70 mètres carrés, c’est deux fois moins cher que dans le privé. «C’est bien le minimum, surtout quand on voit le niveau des salaires et des retraites», souligne ce militant de la CGT. Il tient à rappeler, aussi, que son immeuble a été construit à la sortie de la guerre pour loger les cheminots qui ont travaillé dur à la reconstruction de la France. «Il faut arrêter avec ce discours actuel qui nous culpabilise parce qu’on a des droits et selon lequel il y en aurait toujours trop pour les travailleurs.» Plutôt que niveler par le bas, l’État «devrait soutenir la construction de HLM».

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Texte et photos par Pierre DUQUESNE


Article paru dans l’Humanité du mercredi 28 septembre 2016.


Photos prises dans le quartier de Malakoff et de l’île de Nantes, par Pierre Duquesne (Licence Creative Commons).

 

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