L’habitat participatif, pionnier de la transition énergétique

Une personne vivant dans un habitat groupé affiche un bilan carbone inférieur de moitié à la moyenne des Français, selon une étude réalisée par le mouvement Colibris.

C’est à Saint-Dié-des-Vosges, chez Anne Burgeot et ses voisins, que s’invente le futur. Vous n’y trouverez pas de grandes révolutions techniques, juste un projet humain et collectif. Une innovation sociale. Ces dix familles font partie des pionniers de l’habitat participatif : elles se sont regroupées pour concevoir, construire et gérer collectivement leur habitat, et y mutualiser un certain nombre de services. Dans ce bâtiment en bois et en paille, d’une dizaine de logements, on partage, en plus des tranches de rigolade, la buanderie, la machine à laver, le potager ou la chaudière à bois. Cette mise en commun réduit leur consommation en général, et les émissions de CO2, en particulier. Les fondements de l’édifice sont aussi 100 % écolo. «Le bois de la structure vient des Vosges, des scieries environnantes. La paille, meilleur isolant naturel, vient de Meurthe-et-Moselle, un département voisin. Quant à la terre, utilisée comme un enduit, elle n’a pas nécessité de transport puisqu’elle a été récupérée sur le terrain, au cours du chantier», raconte Anne.

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Les résultats sont spectaculaires. Chaque famille consomme environ deux stères de bois, et dépense entre 150 et 300 euros pour se chauffer toute l’année, dix fois moins qu’une maison traditionnelle dans cette zone froide et montagneuse. Ce projet autoconstruit, avec des toilettes sèches et un traitement naturel des eaux usées, affichait dès le départ une grande ambition écologique.

De telles performances se retrouvent dans tous les projets d’habitat participatif, même quand ils ne sont pas le fait d’habitants qui étaient des militants écologistes de la première heure, confirme Mathieu Labonne, directeur du mouvement Colibris. Avec le cabinet d’expertise Carbone 4, il vient de publier une étude révélant qu’une personne vivant dans ce type d’habitat affiche un bilan carbone inférieur de moitié à la moyenne des Français.

Réfléchir collectivement à son mode de vie

Tous ces projets font l’économie de frais de commercialisation et sont, de fait, moins onéreux que d’autres modes de construction, y compris en zones urbaines. Les habitants, qui ont leur mot à dire, préfèrent investir dans des matériaux plus durables. Le faible impact carbone de l’habitat participatif est lié à sa philosophie générale. «Quand on choisit cette voie, c’est que l’on a décidé de réfléchir collectivement à son habitat, à son mode de vie», explique Daniel Jaunas, membre du réseau Eco Habitat groupé, qui fédère des groupes d’habitat participatifs en Ile-de-France.

En Alsace, des «cohabitants» ont ainsi analysé, pour réaliser leur projet, tout ce que contenaient leurs placards. Ils en ont conclu qu’une partie non négligeable de leurs affaires pouvait être placée dans des espaces non chauffés, sur des coursives, économisant ainsi moult calories. Daniel Jaunas cite aussi l’exemple d’Abdel, un des locataires HLM ayant adhéré au projet d’habitat partagé soutenu par la mairie de Nanterre (Hauts-de-Seine). Après des dizaines de réunions autour du projet, il était devenu un «véritable spécialiste en matière d’économie d’énergie. Il s’était autoformé». Au contact des autres voisins, on apprend aussi d’autres comportements. «Il est plus facile d’opter pour de nouvelles habitudes de façon collective que de façon individuelle», souligne Daniel Jaunas. «On ne peut pas faire de l’écologie sans apprendre à faire ensemble, et l’on ne peut pas faire ensemble sans adopter un comportement écologique», dit aussi Mathieu Labonne.

Pierre DUQUESNE


Article paru dans le Supplément Développement durable de l’Humanité Dimanche, daté du 25 juin 2015.

 

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