Les bureaux, une mine 
de logements

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Ian Brossat, adjoint à la Maire de Paris en charge du logement, vient d’annoncer l’objectif de transformer 250 000 mètres carrés de bureaux 
en habitations. Soit un tiers des bureaux vides de la capitale. 

Shyrine regarde couler la Seine. De son appartement, au 32, quai des Célestins, elle a une vue imprenable sur le fleuve, l’île Saint-Louis et Notre-Dame de Paris. Cette étudiante verse, pour vivre dans ce bel immeuble Arts-Déco fraîchement rénové, à peine 150 euros par mois, une fois les APL déduites. Son faible loyer lui permet de se consacrer pleinement à ses études en langues O, et d’accélérer sa recherche d’emploi. Une rêve, en ces temps de précarité généralisée de la jeunesse. Mais, de miracles, il n’y a point.
C’est le fruit d’une politique, celle choisie par la Ville de Paris de transformer un maximum de bureaux en logements. L’ancien siège de l’office HLM de la Seine s’est ainsi métamorphosé en foyer de jeunes travailleurs et une résidence seniors, avec des espaces communs. Un exemple emblématique, présenté hier par Ian Brossat, adjoint PCF à la Mairie de Paris en charge du logement, pour inciter tous les acteurs de l’immobilier à accélérer les transformations de bureaux en logements. « C’est un important gisement dans la capitale, rappelle l’élu communiste. Près de 800 000 mètres carrés de bureaux, actuellement vides, et qui ne sont plus adaptés aux besoins des entreprises, peuvent être transformés en logements. »

107 étudiants dans l’ancien ministère de l’Aviation civile

Réhabiliter un tiers de ce parc est aussi « un levier majeur pour introduire de la mixité sociale dans les arrondissements centraux de Paris ». 40 % d’entre eux sont situés dans les 8e et 9e arrondissements, qui comportent un faible nombre de logements sociaux. C’est pourquoi la majorité municipale a revu à la hausse son objectif initial, dorénavant fixé à 250 000 mètres carrés transformés d’ici à la fin du mandat, en 2020. « Nous ne pourrons créer 10 000 nouveaux logements par an (l’objectif de campagne – NDLR) sans agir sur la rénovation du parc existant, d’autant plus à Paris, ville la plus dense d’Europe », explique Ian Brossat.
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Il existe des freins à de telles opérations, comme la trop grande profondeur des immeubles de bureaux, nécessitant de lourdes réhabilitations pour créer des ouvertures suffisantes. D’importants travaux de désamiantage peuvent aussi menacer l’équilibre économique de ces opérations. Afin de les faciliter, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a demandé au gouvernement qu’elles puissent être exonérées de taxes d’aménagement et de taxe foncière sur une courte période.

Un exemple de ces réhabilitations a été présenté hier avec le chantier de l’immeuble Palatino, dans le 13e arrondissement. 544 logements sont en train d’être achevés dans une immense tour des années 1970 située en plein quartier chinois. Certains affichent des hauteurs sous plafond exceptionnelles pour des appartements aussi modernes. L’ancien ministère de l’Aviation civile, dans le chic 6e arrondissement, permettra aussi à 107 étudiants de prendre leur envol et à une dizaine de personnes en situation de handicap de prendre leur autonomie.

« Cela donne très souvent des logements atypiques, avec beaucoup de caractère », explique Laurent Niget, concepteur de l’immeuble des bords de Seine. « Construire la ville sur la ville », selon lui, présente un autre intérêt  : apporter de la vie dans des quartiers concentrant des bureaux et des commerces, et qui s’éteignent à partir de 19 heures. « Son projet offre surtout aux stagiaires et aux apprentis travaillant dans les entreprises du quartier le droit d’habiter dans la ville qu’ils font vivre », ajoute Marianne de Chambrun, déléguée au logement dans le 4e arrondissement.

Pierre Duquesne
Île-de-France : 3,9  millions de m2
La mairie de Paris vise les bureaux qui ne répondent plus aux besoins actuels des entreprises. Le problème déborde largement la capitale. Il y aurait 3,9 millions de mètres carrés de bureaux vides en Île-de-France, dont 750 000 m2 depuis plus de quatre ans. Parmi eux, 48 % sont en bon état ou ont fait l’objet de travaux récents.

Article paru dans l‘Humanité du 22 avril 2015. Photos d’Alpha du Centaure, et de David Jubert. Licences Creative Commons.

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