« Le mal-logement rend malade » autant que « la maladie rend mal-logé »

La Fondation Abbé-Pierre déplore le manque de coordination entre les acteurs du logement et le personnel médical. Elle avance une série de propositions.

Décloisonner le social et le médical. Tel sera le mot d’ordre des dirigeants de la Fondation Abbé-Pierre (FAP), ce matin, lors de la présentation officielle de son 21e rapport. «Le mal-logement rend malade autant que la maladie rend mal-logé, résument ses auteurs, mais les dispositifs publics censés y remédier restent, quant à eux, trop souvent hermétiques.» Une absurdité, quand on se plonge dans le réel. Soigner sans fin les problèmes d’asthme, de toux ou de sommeil d’enfants qui vivent dans des passoires thermiques est «un puits sans fond». À l’inverse, rénover un appartement d’une personne en situation d’incurie, dont les troubles psychologiques l’amènent à dégrader elle-même son habitat, sans prendre en charge sa pathologie, est «peu utile, voire contre-productif», souligne la Fondation. Lorsqu’une femme diabétique nécessitant une dialyse se trouve sur le point d’être expulsée de son HLM, la question du logement devient un élément déterminant de la prise en charge médicale.

Face à cette situation, les personnels médicaux, comme les acteurs du logement, devraient mieux travailler ensemble et s’inscrire dans une logique de prévention plutôt que de rester uniquement dans le tout curatif, explique le rapport de la Fondation Abbé-Pierre.

Au Royaume-Uni, des médecins peuvent, dans le cadre de la lutte contre la précarité énergétique, prescrire des chaudières ou du double vitrage. Pourquoi pas en France ? interroge la Fondation Abbé-Pierre, un brin provocatrice : «Si les militants du droit au logement ne sont pas suffisamment entendus, peut-être les infirmiers, les épidémiologistes, les généralistes le seront davantage… » En France, aussi, des dispositifs vont dans ce sens, bien qu’ils restent encore de trop faible ampleur. Dans les Bouches-du-Rhône, par exemple, des conseillers habitat/santé peuvent être envoyés au domicile d’un patient à la demande d’un médecin «pour faire un état des lieux des conditions de logement », explique Denis Charpin, pneumologue à l’hôpital Nord de Marseille. «Mais ce diagnostic ne suffit pas toujours à corriger le défaut et à faire intervenir les professionnels du bâtiment.» C’est pourquoi la Fondation Abbé-Pierre appelle au développement de réseaux pour encourager la coopération entre acteurs de santé, du logement et des collectivités locales, à l’image du Réseau santé solidarité, lancé à Lille, en 2006. Cette structure accompagne des personnes en situation de précarité, à la fois sur le volet médical mais aussi sur les besoins sociaux.

À Paris, le bailleur Toit et joie a mis en place en lien avec l’association Aurore une équipe mobile de psychologues pour aller au-devant des locataires en souffrance psychique, afin, notamment, d’éviter les expulsions ou l’isolement des locataires. Le développement des centres de santé communautaires pourrait également permettre de mettre côte à côte, dans les mêmes équipes, des soignants et des travailleurs sociaux. C’est aussi le cas de l’équipe mobile de santé mentale communautaire de Marseille (Marss) qui va au-devant des personnes à la rue. Trouver une solution d’hébergement, c’est évidemment le premier soin à apporter à une personne à la rue. Mais une telle opération n’est possible sans une réelle prise en charge de ses troubles psychiques.

 

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