Bienvenue dans mon HLM low-tech, coconstruit et participatif !

dessin

A saisir. Plateau de 82 m2, sols et plafonds bruts en béton…
Il ne s’agit pas d’un loft à vendre, mais d’une offre d’habitation à loyer modéré (HLM) proposée par Aquitanis, office public de Bordeaux métropole. Aux futurs habitant de co-concevoir cet « habitat essentiel » grâce à leur « compétence habitante ».

La première fois que Josiane, Karine et Mathieu ont découvert leur future habitation à loyer modéré (HLM), elle était à l’état de maquette. Une maquette inachevée. Aquitanis, le bailleur social, leur a présenté  un empilement de poutres et de poteaux, à l’échelle 1/50e. Puis, les architectes ont donné à tous les futurs habitants du papier, des crayons, des cutters, de la colle. Ils leur ont demandé de dessiner le logement de leur souhait. Habitants, architectes et bailleurs ont achevé ensemble la maquette en 3D.  « J’ai expliqué ce que je voulais : une salle de bain avec fenêtre et un jardin d’hiver. Au bout de quelques temps, les architectes m’ont envoyé deux plans, dont un qui m’a plu énormément», raconte Josiane, future locataire de ce batiment « low-tech et bio-climatique ». Une quinzaine de réunions auront été nécessaires avec les futurs résidents pour concevoir les sept étages qui vont bientôt pousser au-dessus d’un parking de la cité du Grand parc, à 800 mètres à peine du centre-ville de Bordeaux.

A l’heure où les multinationales du BTP ne cessent de vanter les maquettes numériques, appelées Building Information Modeling – les « BIM », censées révolutionner la construction en partageant les données entre les entreprises bâtisseuses, architectes et donneurs d’ordre -, Aquitanis fait un choix radicalement opposé. L’office public de Bordeaux Métropole mise sur la « compétence habitante ».

Adieu, donc, la chaîne classique de production de logement, véritable non sens technocratique, avec un bailleur qui passe commande à des architectes-concepteurs décidant de tout jusqu’à la livraison, en bout de chaîne, à ceux qui vont vivre au quotidien dans ce « programme » ou cette « opération». Dorénavant, chez Aquitanis, les premiers concernés ne seront plus les derniers consultés. Les habitants seront associés à la conception leurs logements, se réjouit Bernard Blanc, directeur de cet office public de l’habitat (OPH) Bordeaux métropole, à l’avant garde du monde HLM.

locus socus« Quand on commence un projet, nous, les maîtres d’ouvrage et les maîtres d’œuvres, on est toujours en train d’invoquer un fantôme du futur : l’habitant. Lorsqu’ils entrent dans le logement, ceux-ci viennent troubler le bel-ordre que nous avions imaginé. Ils nous demandent : pourquoi avoir fait un séjour de cette taille ? Pourquoi ne pas avoir mis le placard à tel endroit ? » Leur participation permet de construire le logement qui correspond à leur futur usage, insiste Bernard Blanc. « On est sûr, cette fois, de ne pas se tromper. »

« Nous fabriquons de l’urbanité, pas des logements »

Aquitanis démontre ainsi que l’habitat participatif, jusqu’ici réservé à l’accession à la propriété, peut s’appliquer au secteur locatif. L’immeuble en chantier au sein du Grand Parc, baptisé Locus Solus, fait aussi la preuve que la co-construction peut concerner à tous les publics, en offrant une large palette de loyer HLM, destinées aux couches moyennes (PLS, PLUS majorés) ainsi qu’aux publics plus défavorisés (PLAI). « Nous ne sommes pas que dans l’expérimentation, ajoute Bernard Blanc. Près de 850 familles sont impliquées avec nous dans des projets participatifs.» Un chiffre spectaculaire pour un bailleur comptant un parc de 18 540 logements.

« Pendant les trente glorieuses, nous, les bailleurs sociaux, nous avions pour objectif de loger le plus grand nombre. Mais le défi qui nous est posé, dans la société actuelle, va bien au-delà. Fabriquer des logements ne suffit plus, il faut créer de l’habiter, développer des liens, faire du commun, favoriser des relations qui fondent une urbanité. Démultiplier des petites Républiques.»

Le changement de paradigme, pour cet office « entré en transition », va au-delà de l’invention d’un habitat locatif participatif. L’autre objectif d’Aquitanis est  d’accompagner les habitants dans la conception d’un bâtiment frugal et écologique Exit la « maison intelligente » ou « connectée ». Cet OPH nouvelle génération se méfie des odes à la Smart city. Tout équipement superflu est banni. La ventilation naturelle, avec des appartements traversant, est privilégiée. Les sols et plafonds sont livrés en béton brut. Les habitants peuvent être formés pour participer à la finition de leur logement, partition et montage de cloisons, par exemple. Au passage, cela permet d’offrir 20 mètres carré supplémentaires, avec beaucoup de volumes et de lumières.

« Éviter d’être dépendant de technologies
embarquées et non réversibles… »

Low tech ne signifie pas pour autant low-cost. Nombre des nouveaux édifices construits de haute qualité environnementale, quand ils ne sont pas à énergie positive. Pour le projet des Sècheries (300 habitants), à Bègles, le bailleur a opté pour des matériaux locaux, avec du bois venus des Landes et des murs en terre girondine. Cité Paul-Boncour, un des immeubles sera sans chauffage, l’exposition au soleil et l’aménagement suffisant à maintenir un bon confort thermique. « L’innovation la plus intéressante n’est pas forcément technologique», rappelle Bernard Blanc, qui se méfie des technologies embarquées plaçant les bailleurs en situation de dépendance. « Par le passé, nous avions mis en place des panneaux voltaïques. Le dispositif, qui devait économiser un mois de charge, est tombé en panne. Au final, nous avons perdu l’équivalent d’un an de loyer…»

Plutôt que de proposer des bâtiments coûteux en maintenance, ou des espaces verts à entretenir, Aquitanis préfère de généreux jardins partagés. A Bègles, ce sont les habitants qui vont planter une partie des 7 hectares du parc dans lequel est implanté leur immeuble. Donner un pouvoir aux habitants est la meilleure garantie pour la transition écologique. Au Grand Parc, les locataires avaient le choix du mode de chauffage. Ce sont eux qui ont opté pour un chauffage au bois, énergie renouvelable bien plus économique et qui ont poussé pour mettre en place des toilettes sèches dans cette HLM. Timothée, futur locataire de Locus Solus, résume en une phrase l’état d’esprit du projet. « C’est le lieu d’un départ à zéro, qui nous permet de penser un mode de vie le plus écologique possible avec les cartes qui nous sont données. »

Pierre Duquesne           


Article réalisé pour le supplément logement à l’Humanité Dimanche, paru le 3 novembre 2016 sur l’habitat du futur. L’ambition de ce numéro consistait à montrer que les innovations dans l’habitat les plus importantes sont essentiellement sociales, avec des solutions de plus en plus nombreuses pour remettre les habitants au centre de l’habitat.


supplement-logement-lhumanite

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *