Au secours, les HLM sont hors de prix  !

Le logement social affiche des loyers de plus en plus élevés par rapport aux moyens des locataires. Un décalage qui menace l’équilibre de ce modèle alors que s’ouvre aujourd’hui le congrès de l’Union sociale pour l’habitat. Les annonces de Manuel Valls, attendu jeudi, s’avèrent décisives. 

La scène se déroule un week-end de septembre, sur le marché alimentaire des États-Unis, à Lyon. Une cinquantaine de militants de la Confédération nationale du logement (CNL) sont venus en masse diffuser un tract en défense du logement social. Une femme aborde les militants. Après trois ans d’attente, elle a enfin pu obtenir son HLM. Le hic, c’est qu’il était presque aussi cher que son appartement dans le privé. Elle a donc dit : «Non merci.» Cette scène, rapportée par Eddy Jacquemart, président de la CNL, n’est hélas pas anecdotique.

Petites boîtes...

Les nouveaux logements sociaux construits ces dernières années sont, pour la plupart d’entre eux, inaccessibles aux classes populaires, alerte la Fondation Abbé-Pierre. «Alors que les logements bâtis durant les Trente Glorieuses offrent des loyers très accessibles, les locataires des HLM construits depuis quinze ans doivent payer des loyers souvent supérieurs aux plafonds APL. » C’est-à-dire au-delà de 396,61 euros pour un couple avec une personne à charge en Île-de-France, de 349,26 euros dans une grande ville de province. Des niveaux de loyer qui ne sont pas l’apanage des HLM les plus chers. Près de la moitié (46 %) des loyers PLAI, aux niveaux les plus bas, et censés être «très sociaux», dépassent de tels montants. Au total, seulement un quart des HLM construits depuis les années 2000 se situent sous le plafond des APL. Le taux d’effort des locataires HLM, s’il reste toujours inférieur à celui des locataires du parc privé (20 %, contre 27 %), n’a cessé de progresser ces vingt dernières années.

L’aide à la pierre a encore baissé en 2014

«Les bas loyers se concentrent dans la partie ancienne du parc HLM», explique aussi le rapport de l’Union sociale pour l’habitat, qui a fait de l’inadéquation entre les prix des logements sociaux et la solvabilité des locataires un des axes principaux de son dernier congrès, organisé à Lyon. Cet écart croissant, prévient l’USH, compromet «l’équilibre général du logement social» et remet en cause «son modèle économique».

Or, le niveau des loyers, s’il dépend du coût de la construction et du prix du foncier, est aussi lié au financement public accordé au monde HLM. Seulement voilà. L’aide à la pierre a encore baissé l’année dernière, passant de 500 millions à 450 millions entre 2013 et 2014. Sur les 150 000 logements sociaux programmés dans le pacte d’objectif signé par l’Union sociale pour l’habitat et l’État, près de 48 000 sont de type PLS, les plus chers, qui ne nécessitent aucune subvention de l’État.

Mixité sociale

Les signaux envoyés par l’exécutif sont plus qu’inquiétants pour l’avenir. François Hollande a préféré annoncer, cet été, un plan de création de 25 000 logements intermédiaires, à mi-chemin entre des logements sociaux – déjà trop chers – et les logements du parc privé. Un type de logement qui ne répond à aucun besoin dans la société. Il y a également de fortes inquiétudes sur la pérennité des « super-PLAI » lancés par Cécile Duflot. Ce programme, qui devait créer 3 000 logements très sociaux pour des personnes ayant un revenu inférieur au Smic, pourrait ne pas avoir les financements nécessaires. Et les premières annonces du plan de relance de la construction, révélé à la fin août par Manuel Valls lui-même, ne concernaient que la défiscalisation offerte aux investisseurs ou des exonérations de taxe sur les plus-values. « Nous voulons que l’État donne au logement social autant que le montant accordé au privé», explique Romain Biessy, de la Confédération syndicale des familles (CSF). Des cadeaux évalués autour de 1 milliard d’euros par certains spécialistes.

À la CNL, on s’inquiète aussi de la part d’autofinancement grandissante des organismes HLM. Une mutualisation des dépôts de garantie et des surloyers pour lancer de nouvelles constructions est dans les cartons, dénonce Eddy Jacquemart. 
Un autofinancement qui risque à son tour d’augmenter les loyers des logements 
sociaux, et de les rapprocher du privé. 
C’est peut-être le but ?

Pierre Duquesne


Article paru dans l’Humanité du 23 septembre 2014. 

Photos extraites du compte Flickr du candidat François Hollande (une).
Autres photos de  Jean-François Gornet et de Stan Jourdan.