Alerte rouge 
sur les aides au logement

Le budget logement est le prochaine cible des politiques d’austérité, a confirmé lundi le ministre des Finances. Sont visées les aides au logement qui soutiennent au quotidien 6,5 millions de familles.

La France est en guerre, et c’est aux locataires de payer ! Voilà résumée la logique budgétaire du gouvernement français. A Bruxelles, lundi, Michel Sapin a en effet expliqué comment il parviendrait à tenir l’objectif d’économiser 15 milliards d’euros dans le budget 2016 tout en accordant une rallonge de 600 millions d’euros à la Défense nationale. Pour résoudre cette équation austéritaire, le ministre des Finances a trouvé une nouvelle cible : la politique du logement.

Ce secteur est une source potentielle «d’économies conséquentes», a expliqué Michel Sapin. Il a dit «s’interroger», en particulier, sur l’efficacité des aides personnalisées au logement (APL), des allocations de logement familiale (ALF) et de l’allocation de logement sociale (ALS). Cela fait belle lurette que Bercy lorgne sur ces dispositifs, qui pèsent 17,8 milliards d’euros dans les finances publiques. Une piste déjà évoquée par un rapport de l’Inspection générale des finances, de l’Igas et du Conseil général de l’environnement et du développement durable, au motif que «les résultats de la politique du logement n’étaient pas à la hauteur des sommes engagées». Le discours est aujourd’hui repris par le ministre, qui envisagerait, selon nos sources, d’écrêter de 2 à 3 milliards les aides au logement.

L’augmentation des loyers, ces trente dernières années, a été accentuée, il est vrai, par ces aides personnalisées. En solvabilisant les ménages, elles ont constitué un formidable effet d’aubaine pour les bailleurs privés. «Nous payons aujourd’hui les choix de la loi Barre, en 1977, qui a favorisé les aides individuelles au détriment des aides collectives au logement social, via les aides à la pierre», répète Eddie Jacquemart, président de la Confédération nationale des locataires (CNL). Mais couper brutalement de telles aides serait aujourd’hui encore plus désastreux, selon lui : «Elles permettent à 6,5 millions de familles de boucler leur fin de mois, de payer des loyers trop élevés. Ce serait suicidaire socialement et politiquement». Ces aides sont «extrêmement redistributives», confirme le député PS François Pupponi, en charge de diriger une commission parlementaire sur le sujet. Si l’élu n’est pas opposé à une «rationalisation de ces aides», celle-ci pourrait «au mieux permettre d’économiser 300 à 400 millions d’euros. Au-delà, cela aurait un impact catastrophique pour les plus fragiles.»

Plusieurs pistes sont à l’étude, comme un resserrement de cette aide en fonction de la surface du logement, à l’instar de ce qui se fait en Angleterre, ou une réduction des aides allouées aux locataires du parc HLM – ce qui contribuerait à normaliser encore un peu plus le logement social. Autre mesure possible : interdire le rattachement au foyer fiscal des parents d’étudiants bénéficiaires des APL. Evidemment, Michel Sapin n’a encore rien dit de la méthode employée. Préfèrera-t-il s’attaquer aux étudiants des classes moyennes ou aux locataires HLM ?

«Le vrai problème, reprend François Pupponi, ce ne sont pas les aides au logement, c’est le niveau des loyers.» Pour cela, il faut une politique publique du logement ambitieuse, qui encadre le marché privé et renforce les aides à la pierre. De l’argent public, certes, mais bien mieux utilisé.

Pierre Duquesne

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