A Saint-Maur, SNL bâtit un nouvel avenir

Chez les architectes, on appelle ça un R + 3. Un petit immeuble de trois étages, comme il en est sorti tant d’autres de terre dans l’immédiate après guerre, en banlieue parisienne. L’édifice, fraîchement rénové, ne paie pas de mine dans cette rue anodine de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne). Le 35, rue du Chemin vert cache  pourtant une pépite. Une chose précieuse, et extrêmement rare, dans cette ville célèbre  pour son égoïsme municipal et son refus obstiné de construire des logements sociaux.  Derrière le crépi jaune-orangé  se cache une formidable innovation sociale dans le domaine de l’habitat. Encore faut-il, pour s’en apercevoir, et rencontrer ceux qui y habitent.

Lilia revit, littéralement, depuis qu’elle s’est installée, avec ses deux enfants, au troisième étage de  cette ancienne copropriété dégradée, entièrement réhabilitée par Solidarités nouvelles pour le logement (SNL). Cette association exemplaire, qui ne cesse de se développer en Ile-de-France, recherche des logements disponibles dans le parc privé, qu’elle loue ou rachète, pour ensuite les sous-louer à des personnes sans domicile à des tarifs conventionnés. Plus de 1000 logements ont ainsi été créés en première couronne parisienne, avec des niveaux de loyers deux à trois fois inférieurs aux prix du marché. Les groupes locaux de bénévoles accompagnent ensuite les locataires jusqu’à ce qu’ils trouvent un logement durable, de droit commun. Cette solution temporaire, qui dure en général plusieurs mois, voire plusieurs années, leur permet de reprendre pied.

25052015-S0359312Lilia n’a pas traîné. Deux mois après être entrée dans les lieux, en juin 2014, elle a repris ses études de préparatrice de pharmacie, en alternance. Difficile d’imaginer que cette jeune femme de 36 ans, souriante, et pleine d’énergie, était sans domicile fixe. Elle s’est pourtant retrouvée à la rue après une séparation, « devenue inévitable ». Puis elle a connu l’enfer du mal-logement, les appels sans réponses au 115, les hôtels situés de lointaine banlieue, où l’on doit se rendre tard dans la nuit. Des chambres sans douche ni cuisine, où les repas, comme les bagages, sont toujours à emporter. Elle a connu des jours sans lendemain, avec l’angoisse pour seul avenir.

Franchir la porte de ce logement solidaire lui a ouvert un nouvel horizon. Lilia, aujourd’hui, n’a plus à se lever à cinq heures du matin pour emmener son fils de 5 ans à l’école maternelle. Sa fille de onze ans peut enfin faire ses devoirs, au calme, sur une vraie table. Mère et fille travaille cote à cote, l’une pour faire ses devoir scolaire, l’autre pour réviser son concours qu’elle prépare en plus de ses heures à la pharmacie où elle travaille à temps partiel.

Trois à cinq fois moins cher que des places d’hébergement

Lilia peut enfin s’offrir une vie normale, avec les 120 euros de loyers qu’elle doit verser chaque mois, une fois les APL déduites. Un bienfait pour cette famille, et pour la collectivité toute entière. Le coût moyen d’un logement géré par la SNL s’élève à 3436 euros par an, dont 1734 euros de subvention de l’Etat. Celui-ci verse, à titre de comparaison, entre 11 000 et 15 000 euros par an pour financer une place d’hébergement. Les logements SNL sont aussi bien moins chers que les prises en charges de nuitées hôtelières, qui coûtent en moyenne 6023 euros par an et par personne aux finances publiques. «J’ai déjà vu des factures mensuelles atteignant 2000 euros dans certains hôtels !», rapporte Lilia, révoltée par l’absurdité de la politique d’hébergement menée au plus haut sommet de l’Etat.

La force de l’association repose surtout l’accompagnement social et bénévole des locataires. Les chiffres, une nouvelle fois,  parlent d’eux même : 93 % des personnes suivies par SNL retrouvent un logement pérenne. Lilia, elle, peut s’appuyer sur Marie-Claire, l’instit retraitée, et Denis, le travailleur associatif, qui sont là pour l’assister dans toutes ses démarches. « Notre objectif d’accompagner les locataires vers une autonomie totale. Nous ne sommes pas là pour imposer nos choix, nos rêves. Nous sommes à leur côté, sur le même chemin, dans les progrès comme dans les reculs. C’est leur vie, pas la notre », explique Marie-Claire, bénévole depuis près de 18 ans. « On ne fait pas à leur place, on fait avec », résume Denis, son acolyte, qui a découvert l’association, l’an dernier, en passant devant l’immeuble.

trio ok SNL

De « bons voisins », en somme, aussi bien là pour aider à remplir une demande de logement social, suivre le dossier Dalo, que pour discuter, partager des moments, remonter le moral. « Etre là, tout simplement », et aussi « pas mal rigoler ». Ces petits liens sont souvent indispensables pour des personnes au parcours jalonné de ruptures et de périodes d’isolement. Il a fallu que Lilia se sente enfin chez elle, pour avoir la force de raconter à ses parents, vivant en Alsace, qu’elle avait été sans domicile. Surtout, il ne fallait pas inquiéter ses proches, tenir, résister, et comme le dit Lilia, « garder la tête haute». Aujourd’hui, elle multiplie les rendez-vous à la mairie de Saint-Maur-des-Fossés pour faire avancer son dossier de demande de logement. Seulement voilà. Cette commune cossue de l’est parisien n’a rempli que 49 % des objectifs de construction de HLM fixé par la loi, selon le dernier bilan triennal établi par le ministère du Logement. Une autre vision de la solidarité…

Texte et photos par Pierre DUQUESNE


Article paru dans le Hors-série de l’Humanité sur la solidarité, paru le 8 juin dernier. A retrouver chez tous les bons kiosquiers. Vous pouvez aussi le commander, ici.

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