2014. Année noire pour la construction, année blanche pour le gouvernement

Moins de 300 000 logements neufs sont sortis de terre l’an passé. La courbe des mises en chantier suit la même pente que celle des investissements publics en la matière, en chute libre.

Année noire pour la construction. Jamais les chiffres n’avaient été aussi bas depuis 1997. La France vient de vivre l’une des pires années en la matière, avec 266 544 mises en chantier en 2014, passant sous la barre symbolique des 300 000 constructions. Un désaveu cinglant pour le gouvernement, qui n’a cessé de claironner son « Objectifs 500 000 ». Presque trois ans après l’élection de François Hollande, il sera difficile de se cacher derrière les délais de réalisation des projets immobiliers. Les prochains mois risquent d’être aussi peu reluisants que l’année écoulée. Le nombre de permis de construire déposés a baissé de 12 % en un an. Le rebond de la construction n’interviendra, au mieux, qu’à partir du mois de juin, selon les professionnels. Les 5 000 projets de logements bloqués suite aux changements de majorité lors des élections municipales n’expliquent pas tout (l’Union sociale pour l’Habitat avait évoqué 20 000 projets immédiatement après les élections municipales). Bercy et Matignon, véritables décideurs en la matière, ont multiplié les choix contre-productifs, pour ne pas dire coupables.

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La chaîne de production du logement, essentiellement aux mains du privé, a fait la preuve de son incapacité à répondre aux besoins. Qu’importe, MM. Valls et Macron donnent encore et toujours au privé ! Dans le budget 2015, les crédits destinés à la construction de logements sociaux ont baissé de 11 %. Les aides à la pierre versées pour bâtir des HLM de type Plus, les plus répandues (90 % du parc non marchand), ont été réduites à zéro cette année !

Il y a de l’argent, mais pour les ­rentiers. L’État octroie 34 000 euros par logement via le dispositif Pinel, outil de défiscalisation plus généreux encore que le Duflot. S’ajoutent aussi l’abattement de 100 000 euros pour les donations de logements neufs aux descendants ou l’abattement exceptionnel de 30 % sur les plus-values immobilières pour toute cession de terrain à bâtir. Soit 300 millions d’euros offerts aux 10 % de la population détenant déjà 50 % du patrimoine immobilier. Sans oublier le 1,9 milliard d’euros que par l’État prévoit d’investir en compagnie d’assurances et de banques pour qu’elles investissent dans les logements intermédiaires. Des ­logements trop chers pour 80 % de la population.

« 2014 a été une année blanche pour la puissance publique », ont déploré les responsables de la Fondation Abbé-Pierre, à l’occasion de la présentation de leur 20e rapport sur l’état du mal-logement. Tout avait pourtant bien commencé. «L’année 2014 sera celle de l’accès à des solutions dignes pour les personnes sans domicile ou habitant dans des bidonvilles», avait déclaré Jean-Marc Ayrault, alors Premier ministre. Quelques semaines plus tard, la ministre du Logement, Cécile Duflot, annonçait un plan de résorption des bidonvilles, avec l’appui d’Adoma. On parlait encore de remettre en cause la gestion au thermomètre de l’hébergement d’urgence.

L’arrivée de Manuel Valls à Matignon, où se décide toutes les décisions cruciales concernant les politiques du logement, a ressemblé, de l’avis des observateurs éclairés du dossier, à une véritable alternance politique. Si la baisse des honoraires des agences immobilières, introduite par la loi Alur, est une bonne nouvelle, l’année 2014 n’aura été, en définitive, qu’une une succession de « revirements inquiétants », déplore la Fondation Abbé-Pierre. À l’instar 
de l’abandon de l’encadrement généralisé des loyers, «remis en cause alors que le débat venait d’avoir lieu au Parlement». De même pour la Garantie universelle des loyers, remplacée par une  assurance limitée aux jeunes et aux salariés précaires. L’Etat ne donnera pas un kopeck, puisqu’il pioche encore dans les poches d’Action logement et du 1% logement, dont les dirigeants ont imposé que le dispositif profite à ceux qui cotisent. Qui paye décide…

Un nouveau plan de relance du logement a certes été annoncé, mais «il se limite à un plan de relance de la construction», regrette le rapport de la Fondation. La politique menée « se concentre sur une priorité toujours plus exclusive, qui n’est plus tant de produire du logement abordable pour la population que de soutenir le secteur économique de la construction». D’où l’avalanche de largesses fiscales et budgétaires, citées plus haut. La baisse des aides à la pierre se double de défiscalisations qui vont encore creuser encore les inégalités de patrimoine. « La priorité accordée aux acteurs économiques du secteur a pris le pas sur l’aide aux victimes du mal-logement», résume Christophe Robert. Cinglant.

Pierre Duquesne


Une première version de cet article est paru dans l’Humanité du 29 janvier 2015. Article complété suite à la présentation du Rapport de la Fondation Abbé-Pierre, publié le 3 février.


Le 20e Rapport de la Fondation Abbé-Pierre est consultable ici.


Photo extraite d’une affiche présentant l’exposition Regard sur les SDF, les gardiens de la ville, visible du 2 au 6 février 2015 à la mairie du 18e arrondissement de Paris.

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